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Aventurier dans l’ame, Steve Lucas parcourt le monde en handibike !

Clémentine

blog.postOn Jan 14,2019

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Depuis plus de 30 ans, Steve Lucas parcourt le monde et compte pas moins de 80 pays à son actif. Mais tout aurait pu s’arrêter en 2016. Alors qu’il fait des travaux dans sa grange, il fait une chute qui lui paralyse les jambes. Pourtant, Steve Lucas ne se laisse pas abattre. Quelques mois après son accident, il se lance un défi : traverser la France en vélo à bras. Assisté de sa femme et ses amis, Steve réussit son challenge !

Aujourd’hui, Steve Lucas et sa compagne se lancent dans une nouvelle aventure : partir en Australie et parcourir 7000km en vélo.

Bonjour Steve ! Merci d’avoir accepté d’échanger avec nous. Vous voyagez depuis plus de 30 ans. On peut dire que vous êtes un sacré aventurier. Mais qu’est-ce qui vous a donné l’envie de voyager ?

Bonjour ! Je pense que l’envie de voyager me vient de mon goût pour une vie simple au contact de la nature, peut-être même dans une certaine frugalité. J’avais envie de quitter le schéma classique du «métro, boulot, dodo» qui semble aliéner un certain nombre d’entre nous. Quand j’ai commencé à voyager, je n’avais aucun désir de découvertes ou de rencontres. C’est une conséquence du voyage qui est venue par la suite. C’est l’image des pélerins qui font le tour de la France à pieds en demandant le gîte et le couvert qui m’a inspiré pour partir à mon tour.

En 2000, vous décidez de faire le tour du monde à vélo. Ce n’est pas une façon commune de voyager. Pourquoi avez-vous choisi de visiter le monde de cette manière ?

J’ai fait mon premier voyage à l’âge de 18 ans. Je suis parti en stop de la France vers le Maroc. Je n’avais presque pas d’argent ! Puis, j’ai fait mon premier tour du monde en «routard». Dans les années 1980, le voyage s’est démocratisé grâce aux billets d’avion moins chers. Comme beaucoup, j’en ai profité. Mais ça a également des effets pervers. Certains pays sont devenus des regroupements de routards qui s’agglutinent dans les mêmes lieux. Ça m’a vite lassé.

Je souhaitais vivre un voyage avec une définition qui était la mienne. Le vélo me donnait l’autonomie dont j’avais besoin. Je roulais à mon rythme. J’étais libre d’être seul ou de rencontrer des gens. Au départ, je n’avais pas prévu de faire le tour du monde. Le projet initial était de traverser les États-Unis d’Amérique de Boston à Los Angeles puis descendre vers le Mexique, Belize et le Guatemala. J’ai toujours aimé les défis sportifs. Là, j’ai pu y lier ma manière de voyager. Je dormais dans la nature ou chez les gens qui m’invitaient chez eux. C’était une manière de m’immerger dans leur quotidien et d’appréhender un peu mieux leur réalité. Ce voyage a été une révélation !

steve-lucas-handibikeVotre tour du monde s’est donc effectué en plusieurs étapes. Pouvez-vous nous raconter ?

Après ce périple, j’ai fait le tour de l’Islande et une traversée de l’Amérique centrale en rollers. Ma femme (qui est Suisse et que j’ai rencontré au Guatemala) était partante pour un voyage à vélo. Alors nous avons traversé la Patagonie. Deux ans plus tard, nous sommes partis de la Suisse jusqu’au Japon. Nous sommes passés par la Russie et sa gigantesque Sibérie, la Mongolie et le désert de Gobi, la Chine, la Corée du Sud pour arriver au Japon ! Entre ces grands voyages à vélo, il y en a eu d’autres. Nous sommes allés rencontrer les touaregs et les gorilles du Rwanda. Les voyages, c’est devenu mon métier. Je réalise des documentaires sur chacun de mes voyages depuis 23 ans !

 

Wahou, vous en avez vu du pays ! Y a-t-il un qui vous a marqué plus qu’un autre ?

Il n’y a pas un pays plus beau qu’un autre. J’aime la différence, elle me nourrit. Elle est partout et on trouve de belles choses partout dans le monde si on se donne la peine d’ouvrir les yeux. Mais si je devais m’installer quelque part, je choisirais certainement l’Amérique du Sud, en Argentine ou au Chili. J’aime la sensation de liberté que me donnent les grands espaces. Il y a moins de réglementations, une véritable culture, des gens accessibles, une manière de penser et une langue que j’apprécie.

Il y a deux ans, vous avez été victime d’un accident qui vous a paralysé les 2 jambes. Pour un grand voyageur comme vous, comment l’avez-vous vécu ? pensiez-vous repartir voyager un jour ?

Évidemment, la perte de mes jambes a mis un coup d’arrêt dans ma vie. Mais très vite, j’ai su que si je perdais la possibilité de voyager en plus de mes jambes, le prix serait trop cher. Il fallait que je sache si j’en étais encore capable. Un an après mon accident, j’ai décidé de traverser la France en vélo à bras. Ma femme et mes amis m’ont assisté car ils savaient l’importance que cela avait pour moi.

J’ai décidé de prendre mon handicap comme un voyage dans un pays inconnu où j’ai tout à découvrir. Bien sûr, je me serais bien passé de ce voyage ! Mais c’est en voyageant que l’on apprend l’adaptation. Alors, si j’arrive à m’adapter au moment le plus important et dur de ma vie, le reste ne signifie plus rien. J’ai écrit un livre Ce jour là, c’était la nuit qui relate en détails les premières semaines après mon accident puis mon voyage en France, accompagné d’un film documentaire du voyage.

Qu’est-ce qui a changé dans votre manière de voyager depuis l’accident ?

Il y a des contraintes permanentes, des impossibilités frustrantes, un sentiment de vulnérabilité, de dépendance et même d’indignité parfois. Chaque jour à son prix. Mais mon moteur, c’est ma passion pour le voyage. Et également ma compagne. On est dans le même bateau. Si elle sent que je me bats et que j’avance, ça ouvre le champ de possible pour nous deux. Il ne faut pas négliger nos proches. On ne va pas se mentir, sans ma femme ce voyage en Australie aurait été une utopie. Ma bonne volonté n’aurait pas suffi. Je parle de voyage sans assistance car je transporte tout mon matériel et je suis autonomie dans mon quotidien. Mais au moindre problème, elle est là. J’essaye de me rapprocher de ma manière de voyager d’avant l’accident, mais c’est dur.

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Chez Handiplanet, on sait que l’accessibilité est une problématique importante pour voyager lorsque l’on est en situation de handicap. Comment organisez-vous vos voyages ?

Pour mes voyages, je me renseigne d’abord sur l’accessibilité. Ensuite, j’essaye de m’adapter au maximum. Il n’y a pas de règles. L’expérience se gagne chaque jour. Je suis encore un jeune paraplégique alors je fais mon apprentissage. J’essaye des choses qui fonctionnent, d’autres non. Ça me permet de trouver de nouvelles solutions.

Quelle a été votre plus grosse problématique en tant que voyageur en situation de handicap ?

Il n’y a pas vraiment de grosse problématique. Il y a plutôt une multitude de petites problématiques qui prennent énormement d’énergie quand on entreprend de voyager. Si j’étais resté tranquillement chez moi, tout serait plus simple. Mais ce n’est pas dans ma nature.

Au moment où l’on se parle, vous êtes en australie. Comment se déroule le début de votre voyage et comment trouvez-vous l’accessibilité ?

À Sydney, l’accessibilité est plutôt bonne. C’est un peu moins le cas dans les petites villes et villages que l’on a visité ensuite. Mais je n’ai pas encore fini mon voyage, alors je préfère ne pas trop m’avancer. Par contre, les gens viennent très facilement proposer leur aide. C’est une attitude qui me semble plus généralisée qu’en France.

Sinon, notre voyage commence un peu difficilement. Le temps ne nous a pas épargné. J’ai une ampoule qui a dû mal à cicatriser. Nous avons eu plusieurs cases mécaniques et surtout beaucoup de mal dans les côtes au pourcentage impressionnant ! Nous essayons de trouver les bons compromis avec le poids du matériel à transporter et les possibilités pour recharger la batterie des vélos mais les distances entre les villages et les points de ravitaillements rendent les choses un peu compliquées pour le moment.

Des pays que vous avez visité depuis votre accident, lequel trouvez-vous le plus accessible ?

Je trouve les États-Unis d’Amérique et d’autres pays Européens du Nord plutôt bien accessibles. Mais dans tous les cas, je ne fais pas une fixette là-dessus. Je m’adapte à chaque situation.

Dernière question, avez-vous un conseil à donner aux personnes en situation de handicap qui n’osent peut-être pas partir en voyage ?

Oser !

Lors de mes conférences, je rencontre beaucoup de personnes handicapées qui veulent voyager mais qui ont peur. Peur des informations qu’elles entendent. Peur de l’inconnu. Peur de ceci ou de cela. Aller au-devant des gens qui peuplent le monde n’a rien d’exceptionnel. Il faut simplement dépasser la légitime appréhension de la première fois. Les gens qui osent ne le regrettent pas !

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Merci Steve Lucas d'avoir répondu à nos questions et bon courage pour la suite de votre voyage en Australie !