Déborah, une aventurière qui roule à la poursuite de ses rêves!

Méli

posté le Apr 23, 2019

voyage
accessibilité
interview
lifelist
blogueuse
ambassadrice

Déborah est une grande optimiste pleine de rêves. Très jeune, la maladie l’a poussée à écrire une liste de toutes les choses qu’elle souhaitait accomplir au cours de sa vie, ce qu’on appelle une "life list" ou encore "bucket list". Depuis, elle part à l’aventure à la poursuite de ses rêves en partageant ses voyages et les émotions qu’ils suscitent sur son blog dreamlifelist. Ambassadrice Handiplanet, Déborah souhaite aider d’autres handi-voyageurs dans leur quête d’Aventure, nous avons donc voulu connaître sa vision du voyage. 

Bonjour Déborah, peux-tu te présenter à ceux qui nous lisent?

J’ai 32 ans, j’habite à Lille et je travaille à mi-temps dans les achats d'un grand groupe de distribution. Je profite de mes congés pour voyager car le voyage et la photographie sont mes deux grandes passions. En fait je voulais garder une trace de mes voyages donc je me suis vraiment lancée dans la photographie pour pouvoir immortaliser en image de merveilleux souvenirs.

Tu as fait ton premier grand voyage à New York, comment ça s’est passé? 

Il date d’une dizaine d’années, j’avais cherché en amont un logement accessible, et tout s’est très bien passé. Au départ, ca me paraissait tellement loin de partir là bas et assez peu réalisable mais au final, je me suis rendue compte que j’étais capable de faire plein de choses!  Ca m’a donné le virus du voyage et l'envie d’aller encore plus loin, de voir des choses extra-ordinaires et de vivre des expériences incroyables.

photo de Déborah et son compagnon à Brice Canyon

Tu es atteinte d’amyotrophie spinale et tu te déplaces en fauteuil roulant. Comment cette maladie impacte sur ta vie et ta façon de voyager?

J’ai été diagnostiquée à 4 ans et j’ai marché jusqu’à l’adolescence avant d’utiliser un fauteuil roulant, d’abord manuel puis plus tard électrique. A l’époque on n’estimait pas mon espérance de vie au delà de 25 ans à cause des problèmes respiratoires engendrés par la maladie. Mais comme je suis une éternelle optimiste, j’ai décidé d’écrire ma "bucket list" pour lister toutes les choses que je voulais faire, les lieux que je voulais voir, les expériences que voulais vivre parceque qu’à l’adolescence déjà j’espérais plein de choses de la vie en particulier de pouvoir voyager! 

Heureusement le destin peu encourageant qu’on me prédisait a basculé en ma faveur! Grâce à une lourde opération m’a, en quelque sorte, sauvée la vie puisqu’elle m’a permis de retrouver un confort respiratoire, j'ai pu fêter mes 25 ans il y a déjà plusieurs années! En plus d’être une belle victoire c’est du temps supplémentaire pour accomplir mes rêves. Le seul prix à payer c’est qu’elle m’a fait perdre en autonomie, c’est pourquoi je ne voyage jamais seule mais toujours accompagnée de mon compagnon, de ma famille, d’amis ou parfois même d’auxiliaires de vie avec qui je m’entends bien. 

Je voyage le plus souvent en fauteuil manuel car j’adore les voyages en pleine nature et c’est plus compliqué de prévoir à l’avance ce qu’elle nous réserve. Du coup pour les roadtrips que j’ai pu faire dans l’ouest américain il a y a 2 ans par exemple ou bien en Islande, partir en fauteuil manuel était plus simple pour m’adapter à la nature, il me permet plus de marge de manœuvre. Par contre quand je suis sûre de l’accessibilité de la destination, généralement plutôt en ville comme par exemple quand je vais à Londres, j’utilise mon fauteuil électrique.

Photo de Déborah devant une voiture ancienne à Londres

Tu tiens un blog de voyage, comment cela a débuté et quel message souhaites-tu passer?

Un jour j’ai rendu plublique mon profil Instagram pour participer à un concours et je me suis aperçue que mes photos plaisaient et qu'on me posait des questions sur mes voyages. Du coup je me suis dit pourquoi ne pas les partager via un blog qui serait finalement mon carnet de voyages et d’aventures?! 

Je voulais créer un blog qui s’adresse vraiment à tout le monde et pas uniquement aux voyageurs en fauteuil roulant. J’estime que le handicap ne fait pas tout et ne nous résume pas. Je veux d’abord donner envie aux gens de voyager dans les destinations qui leur font envie, que je leur partage grâce à de belles photos et mes récits avant que leur choix ne soit orienté que par l’accessibilité. Par contre, je donne des informations détaillées sur l’accessibilité de mes voyages en fin d’article dans mes guides téléchargeables "Access’ Mag" parceque je tiens à montrer que le voyage et le handicap sont compatibles! 

On sait que l’accessibilité est une problématique quand on prépare ses voyages, comment ça se passe pour toi?

Je ne choisis pas les destinations parcequ’elles sont accessibles mais parce qu’elles m’attirent et font partie de ma liste de rêves! Après, bien sûr, je me renseigne sur l’accessibilité en parcourant des blogs de voyages, en regardant les photos ou street view, en réservant les logements... D’ailleurs maintenant je contacte toujours les hôtels avant de partir! Je leur pose toutes les questions sur mes besoins d’accessibilité pour éviter les mauvaises surprises qu'on peut avoir en réservant sur les sites de booking qui assurent un logement accessible alors qu'il ne l'est pas . Je pense notamment à Venise où le fauteuil ne rentrait pas dans l’ascenseur donc je montais dedans sur un tabouret et il fallait monter le fauteuil par les escaliers...c’était une galère! Ce qui est top avec Handiplanet, c’est que les informations et avis d’accessibilité d’un lieu sont donnés par des voyageurs qui y sont déjà allé et qui savent pertinemment les difficultés ou facilités rencontrées. Ca donne forcément plus confiance quand quelqu’un de concerné a déjà testé!

montage photo qui montre les chiens de traîneau et une aurore boréale

Tu es partie en Laponie avec ton chéri, comment était-ce et avez-vous rencontré des difficultés?

Deux de mes grands rêves étaient de voir des aurores boréales et de faire une balade en chiens de traîneau. J’ai pu les réaliser lors de mon voyage en Laponie en début d’année et c’était juste incroyable! Je souhaitais absolument y aller par une agence de voyage car je ne me voyais pas l’organiser seule, louer une voiture et chercher 3h mon hôtel dans le grand froid et les paysages désertiques. Il en existe beaucoup et pour tout vous dire plusieurs ont refusé de m’accompagner dans ce projet avec pour seule raison que "un fauteuil roulant dans la neige ce n’est pas possible!". J’ai passé mon chemin et j’ai fini par tomber sur une super agence belge: Le Grand Nord. Elle avait une réelle envie de m’accueillir, au même titre que tout le monde, et elle a su me rassurer concernant mes craintes liées au fauteuil roulant.  

L’accessibilité dépend beaucoup et avant tout de la volonté des gens à nous accueillir et un voyage qui parait impensable au départ peut au final être réalisable en trouvant des solutions alternatives!

Etats-Unis, Laponie, pays nordiques, longs week-end en Europe... tu as déjà bien voyagé! Quelle destination t’a semblé la plus accessible? La moins accessible?

Je dirais les États-Unis sans hésiter même si en Europe on est plutôt bien lotis. Il y a 2 ans j’y suis retournée et j’ai fait un road trip dans l’ouest américain pour visiter les parcs nationaux. C’était génial! Un voyage proche de la nature dans des parcs tous très accessibles avec des randonnées possibles quand on est en fauteuil roulant vu que les chemins étaient adaptés. 

J’ai été agréablement surprise par les pays du Nord aussi car, d’après mon expérience,  les pays comme la Norvège, la Suède et l’Islande sont plutôt bien accessibles. Même dans des petits villages d’à peine 1000 habitants ils ont des bus équipés de rampes alors que chez nous, parfois il n’y en a pas. Pareil lors de la croisière dans les Fjords en Norvège, les villes étaient accessibles directement à la sortie du bateau sans avoir de transport à prendre pour les rejoindre contrairement à la croisière que j’avais faite en Méditerranée. J’ai eu de très belles surprises en Islande! Cest un pays hyper sauvage ou la nature peut reprendre le dessus à tout moment mais malgré tout il avait beaucoup d’installations qui permettent d’en profiter: des pontons en bois au milieu des volcans pour se balader ou même le fauteuil pour rentrer dans l’eau et se baigner au Blue lagoon par exemple.

Pour la destination la moins accessible je dirai Marrakech parceque beaucoup de trottoirs sont super hauts et c’était une galère pour se balader je trouve. Même les palais que j’ai visités avaient quasiment toujours des marches, c’était assez compliqué!

Mettons l’accessibilité de côté et dis nous quel était ton plus beau voyage?

C’est dur à dire car il y en a eu tellement mais celui qui m’a le plus marquée était l’Islande. J’ai vu des icebergs, des paysages hallucinants, je me suis baignée dans des sources chaudes... franchement on a adoré avec mon chéri! Ce n’était pas une destination au soleil donc on ne s’attendait pas à autant aimer mais c’est vraiment le voyage qui nous a le plus dépaysé. 

Pourtant ce voyage avait hyper mal commencé parceque l’assistance de l’aéroport de Paris nous a pris en charge bien trop tard et nous a fait raté notre vol! On a pu prendre le suivant mais je vous laisse imaginer le stress quand il a fallu appeler tout le monde pour décaler nos réservations (logement, location de voiture...). Quand au retour, mon fauteuil roulant a été oublié en Islande, on a dû m’en prêter un pour que je puisse rentrer chez moi à Lille et l’aéroport m’a ramené le mien en taxi privé le lendemain. 

Finalement, cette malheureuse anecdote ne nous a pas terni l’émerveillement qu’on a eu au cours de ce voyage!

Déborah se baignant dans le blue lagoon en Islande

Parlons un peu de l'avenir... un prochain voyage en vue?

Peut-être une semaine à Lisbonne prochainement et partir l’an prochain aux Maldives, on aimerait loger dans une belle villa sur pilotis. Ou alors partir en safari en Tanzanie, ca nous plairait bien aussi.

Quel conseil donnerais-tu aux personnes qui n’osent peut-être pas voyager?

Il ne faut pas hésiter à contacter les partenaires sur place, les hôtels, les offices du tourisme pour expliquer vos difficultés et savoir si il y a des possibilités, ca vous rassurera surtout si c’est positif! Si on ne se sent pas trop à l’aise de partir loin et à l’aventure, il faut commencer par des petits week-ends en Europe par exemple, dans des destinations plus citadines et avencées au niveau de l’accessibilité. 

Mais surtout il faut oser, tout est possible à partir du moment où on est pret à t’accueillir et ca vaut tellement le coup de découvrir des paysages incroyables!  Donc oui il y a peut-être parfois quelques difficultés, mais justement la satisfaction d’avoir osé et d’avoir fait ce voyage sera encore plus grande!

Merci Déborah d'avoir répondu à nos questions!

Vous pouvez retrouver ses expériences de voyage sur son blog. Et si vous avez des questions à lui poser, vous pouvez la contacter via son profil et notre messagerie en ligne !