Paraplégique, Bastien partage sa vie entre voyage et défis sportifs !

Clémentine

posté le Jul 2, 2019

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Depuis son enfance, Bastien est passionné par les sports de glisse. Mais en 2005 sa vie bascule. Un accident de kitesurf le rend paraplégique. Entouré par ses proches, Bastien cherche comment pratiquer les sports qu’il aime sans ses jambes. Son entourage crée alors l’association Magic Bastos pour l’aider à financer le matériel nécessaire.

Aujourd’hui, grâce à Magic Bastos, Bastien aide les personnes en situation de handicap à pratiquer le handiski ou le wake assis à travers des stages ou en leur prêtant le matériel adéquat.

Bonjour Bastien ! Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Vous êtes un véritable passionné de sport de glisse. J’ai l’impression que vous les avez tous essayé. Comment cette passion pour le sport est née ?

Bonjour ! Je pratique le sport depuis que je suis tout petit. Avant mon accident je vivais complètement pour le sport. Et en réalité, ça n’a pas changé depuis mon accident. J’adore toujours les sports de glisse mais il a fallu que je trouve des sports un peu plus adaptés à ma situation. J’ai rapidement pu reprendre le ski en hiver, car il y a du matériel adapté. J’ai essayé le surf et le kitesurf en fauteuil mais ce ne sont pas des sports facilement praticables en autonomie. Et puis j’ai découvert le wakeboard assis où je peux être complètement autonome. Avec ce sport, j’ai retrouvé le même plaisir qu’avant mon accident !

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Vous pratiquez beaucoup de sports de glisse, mais avez-vous une préférence ?

Non pas vraiment. Je n’aime pas trop la routine. Disons que j’ai le ski l’hiver et le wakeboard l’été. Je change de sport en fonction des saisons !

En 2005 un accident de kitesurf vous rend paraplégique, comment l’avez-vous vécu ?

Forcément, mon accident a changé beaucoup de choses dans ma vie. Avant, je pratiquais beaucoup de sport et j’adorais voyager. Je n’avais pas envie de tout arrêter. Alors il a fallu trouver des solutions pour que je puisse continuer à faire ce que j’aime. Et pour ça, j’ai pu compter sur mon entourage qui a été exceptionnel et qui m’a permis de relever la tête rapidement !

6 mois après votre accident vous partez faire un raid en fauteuil en tunisie, comment avez-vous fait ?

Comme je l’ai dit, ma famille et mes amis m’ont beaucoup soutenu. Ils ont fait des recherches pour voir ce que je pouvais faire en étant en fauteuil. Plus je faisais de choses, plus mes proches avaient envie de m’aider. Grâce à ce cercle vertueux, j’ai pu très vite rebondir.

Avant de partir faire ce raid, j’avais déjà voyagé en avion avec mon fauteuil. Ça m’a permis de me confronter à la vie en fauteuil et d’acquérir de l’éxpérience. Ce raid en Tunisie était organisé le comité de handisport de l’Ardèche. Tout était prévu. C’était une expérience très enrichissante. J’ai pu voir que mon corps était encore capable de supporter le sable et les bivouacs.

Après votre accident, vous créez l’association Magic Bastos. Pouvez-vous nous en dire plus sur son action?

C’est ma famille qui a eu l’idée de créer cette association. Au départ, c’était surtout pour m’aider psychologiquement et financièrement. Ils voulaient m’aider à trouver de nouveaux sports mais surtout à acheter le matériel nécessaire pour pratiquer. Aujourd’hui, j’ai tout ce qu’il me faut. Alors, on utilise l’association pour aider d’autres personnes en situation de handicap. On est là pour leur donner un coup de main. Je partage mon expérience et je montre ce qu’il est possible de faire, même en fauteuil roulant ! On prête également du matériel de ski à nos adhérents sur la station de La Plagne. L’été, on organise de nombreux stages de wakeboard assis et on prête aussi du matériel à ceux qui sont un peu expérimentés.

En 2007, vous êtes le premier handisportif à participer au derby de la meije, une course de ski freestyle. Comment ça s’est passé ?

J’avais déjà fait la course avant mon accident. L’accès à la station est compliqué. Ce n’est pas simple d’y aller en situation de handicap. Heureusement j’étais bien accompagné ! En 2007, j’étais le seul handisportif. Tout le monde a été impresionné par ce que je pouvais faire, même en fauteuil ! Alors, l’année suivante les organisateurs ont invité plus de handisportifs à participer. Aujourd’hui, il y a entre 5 et 10 participants en situation de handicap chaque année !

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Après votre accident, vous n’avez pas arrêté le sport ni les voyages ! En 2007, vous faites l’ascension du kilimandjaro. Racontez-nous.

C’était une expérience particulière car cette expédition était organisée et encadrée par une société de production pour la télévision. Nous étions 9 personnes en situation de handicap, avec chacun notre pathologie. Le but de l’émission était de créer un défi : s’entraider tous ensemble pour monter le plus haut possible. C’était une expérience incroyable ! J’ai rencontré de superbes personnes avec des handicaps que je ne connaissais pas forcement. Ensemble, on a réussi à aller assez haut. Malheureusement pour moi, je n’ai pas pu aller au bout. Le médecin de l’émission a préféré que je m’arrête car cela devenait dangereux. Ils étaient trois à me tirer et me tracter. Avec l’altitude, ça demandait un effort physique très important pour mes 3 compagnons. Sur le coup, je n’ai pas bien compris car personnellement je me sentais en pleine forme. Mais le médecin n’a pas voulu prendre de risque, alors je suis redescendu pendant que le reste de l’équipe arrivait au sommet du Kilimandjaro.

Il y a 4 ans, vous partez faire un roadtrip en Irlande en van aménagé. Comment s’est passé votre séjour ? comment avez-vous trouvé l’accessibilité ?

J’ai toujours voyagé en fourgon, même avant mon accident. Bien sûr, suite à ma paraplégie il a fallu trouver des solutions. Alors j’ai acheté un nouveau fourgon adapté à mon handicap. Voyager en fourgon aménagé ça me donne une totale liberté ! Plus besoin de chercher un logement accessible pour dormir. Je peux dormir où je veux, sans aucun soucis.

Ce roadtrip en Irlande a été une très belle expérience. Le pays est très beau et j’ai eu de la chance car le temps a été plutôt correct durant mon séjour. J’ai trouvé l’accessibilité plutôt bonne sauf dans les vieux bâtiments. Malheureusement, c’est compliqué de casser de vieilles pierres pour rendre les lieux historiques accessibles. Mais si on accepte de se faire aider, on arrive toujours à aller là où l’on veut !

Chez handiplanet, on sait que l’accessibilité est une vraie problématique. Comment organisez-vous vos voyages ?

Je prépare rarement mes voyages à l’avance. Je pars plutôt à l’aventure ! Pendant mon tour du monde de 6 mois, j’ai surtout dormi chez l’habitant grâce au couchsurfing. C’était une super expérience qui m’a permis de faire des rencontres incroyables ! Les habitations ne sont pas toujours accessibles mais les gens savent que vous êtes en situation de handicap. Alors s’ils acceptent de t’accueillir, ils seront prêts à t’aider. Je n’ai jamais rencontré aucun problème pour trouver des lieux où loger.

Je voyage le plus souvent en voiture, car c’est le plus simple pour moi. Mais j’ai aussi voyagé en car ou en avion.

Vous êtes parti aux philippines, en argentine, à marrakech et en république dominicaine, avez-vous rencontré des difficultés ?

Dans ces pays, l’accessibilité n’est pas la priorité. C’est donc un problème auquel tu es confronté régulièrement mais les habitants le savent. Ils sont plus avenants et sensibilisés à ce soucis. Ils te proposent leur aide sans avoir besoin de demander. Ça compense les difficultés mais il ne faut pas avoir peur de se faire aider.

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Des pays que vous avez visités, lesquels trouvez-vous les plus accessibles ?

Aux États-Unis ou en Australie, tout est neuf. Alors les batîments sont bien plus accessibles que certains lieux plus anciens en Europe par exemple.

Avez-vous un conseil à donner aux personnes en situation de handicap qui n’osent pas voyager ?

Il ne faut pas trop se poser de questions. Si on a envie de faire quelque chose, il faut se lancer. Il n’y a jamais de problèmes, seulement des solutions ! Au départ, c’est bien d’être entouré et accompagné, surtout si on a peur de se lancer seul. Si l’on a l’envie et la motivation de voyager, ça serait dommage de laisser la peur vous empêcher de le faire. Aujourd’hui, il existe pleins de site pour trouver des lieux accessibles, comme Handiplanet. Et puis si vous avez besoin de conseils pour préparer votre voyage, vous pouvez toujours me contacter. Je serais heureux d’échanger avec vous. Il n’y a pas de raison que ça se passe mal !

Merci à Bastien d'avoir pris le temps de répondre à nos questions ! Et si vous avez des questions à lui poser, vous pouvez le contacter directement sur son profil !

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